Une psychologue à Hong Kong
Ces dernières années, le monde s'est modifié de façon phénoménale, transformé par la révolution numérique. Mais a-t-il changé de la façon dont nous le souhaiterions ?
Titres non réglementés, thérapies rapides : où trouver des repères ?
Partout dans le monde, et en particulier dans cet espace transitionnel que constitue Hong Kong, entre Occident et Orient, de nouveaux enjeux germent. Carrefour de cultures et de pratiques, cet espace offre une grande diversité d'approches dans le domaine de la santé. Mais cette diversité rend aussi plus difficile, pour les patients et les familles, de distinguer les pratiques professionnelles de celles qui ne le sont pas.
Dans ce contexte, à quoi se fier ? À Hong Kong, le titre de psychologue n'est pas encore protégé par la loi. Il existe un système d'accréditation, mais il reste volontaire : chacun peut donc se présenter comme psychologue, psychothérapeute ou « psy », quelle que soit sa formation. Dans le domaine de la santé psychique, le cadre juridique reste, à Hong Kong, en construction.
Partout dans le monde, et à Hong Kong en particulier, de nouvelles formes de soin sont apparues. Nombre de thérapies promettent à présent la résolution rapide et presque magique de nos douloureux symptômes de tristesse, d'anxiété ou de colère. Ce désir d'aller vite se comprend : il répond à une époque qui valorise l'immédiateté, celle du « just do it » de Nike.
L’ère du « just do it »
Frank Summers, psychologue clinicien et psychanalyste américain, auteur de nombreux articles et ouvrages en psychologie, s'interroge sur ce nouveau monde où le faire et l'agir sont de mise. Dans son article « Psychoanalysis in the Age of "Just Do It" », il revient sur l'une des campagnes publicitaires les plus réussies de notre temps, celle de Nike et de son slogan « just do it ».
L'expérience humaine possède trois dimensions : l'émotion, la pensée et l'action. « Just do it » implique que le ressenti et la pensée doivent être ignorés au profit de l'action. La révolution de Nike supprime ainsi deux des trois sphères de l'activité humaine : l'émotion et la pensée.
Cette idée d'un divorce entre ces trois sphères souligne une impatience d'agir, sans s'occuper ni d'être, ni de penser. « Just do it » devient une injonction à ne plus ressentir ni penser, pour « juste faire ».
Pourquoi donc ? Parce que ce « just », par son caractère magique, nous attire. Il existerait de nos jours une valorisation de la certitude dans l'action. L'émotion et la pensée sont alors dévaluées, perçues comme une faiblesse, car l'action devient une fin en soi.
Nous entendons ainsi souvent : « Je dois juste m'affirmer davantage auprès des autres, juste ne plus me mettre en colère, juste ne plus me préoccuper de ce que pensent les autres, juste mieux m'organiser… » La liste est infinie et le message est clair : ce « juste » signifie qu'aucun questionnement ni aucune réflexion ne seraient nécessaires pour comprendre pourquoi « nous ne le faisons juste pas », pourquoi, finalement, nous restons englués dans la répétition de schémas anciens. Il n'y aurait rien à comprendre de ce qui nous empêche de prendre le chemin souhaité, rien à comprendre de ce qui nous empêche d'aller vers l'action tant désirée.
Ce que la psychanalyse interroge
En psychanalyse comme en thérapie d’orientation psychanalytique, nous questionnons le sens et la motivation. Nous cherchons à savoir : « Pourquoi feriez-vous cela ? Quelle signification cela pourrait-il avoir ? Comment se fait-il que ce soit, en ce moment, la seule façon que vous ayez de faire ? » Ces questions analytiques sont précisément celles qu'écarte la culture du « just do it », au profit d'une action immédiate.
Car, comme le rappelle Frank Summers, les êtres civilisés pensent avant d'agir. Dans son célèbre article de 1911, « Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques », Freud expose l'idée que le passage psychologique de l'enfance à la maturité consiste essentiellement à différer l'action. Le bébé et le tout jeune enfant passent directement de l'impulsion à l'action, sans rien entre les deux : « Je veux, je prends. » Avec la maturité, nous apprenons à interrompre cette chaîne. Nous ajoutons une étape intermédiaire : après l'impulsion et avant l'action, nous pensons. Peu à peu, nous apprenons à passer du principe de plaisir au principe de réalité. En psychologie moderne, ce concept freudien correspond à ce que l'on appelle la « gratification différée » ou la « tolérance à la frustration ».
Ressentir, penser… puis agir
L'essence de l'analyse de soi n'est pas une action rapide, mais le recours à une profondeur affective (ressentir) et cognitive (penser) pour initier une action qui ait du sens (agir). En psychanalyse, nous apprenons à écouter notre expérience dans toute sa complexité, à explorer la pensée et l'émotion comme fondements de notre manière d'agir.
Mais le travail analytique englobe bien plus que la seule pensée. Le but est de vivre. Et lorsqu'il s'agit de vivre, la pensée est d'une grande aide, mais elle ne nous mène pas plus loin que la pensée. À un moment donné, il nous faut agir. Lorsque tous les sentiments ont été réfléchis, tous les avantages et inconvénients envisagés, et toutes les dynamiques inconscientes comprises, il faut avoir le courage de vivre. Et cela signifie faire quelque chose.
Notre approche
C’est dans cet esprit que nous envisageons notre travail, à la fois d'évaluation et de traitement des difficultés et des souffrances. Nous ne proposons pas d'approches centrées uniquement sur le symptôme ou promettant un mieux-être rapide, qui s'inscrivent souvent dans une logique de l'agir, pour « just get better ».
Nous proposons au contraire une démarche professionnelle et analytique, où un travail réflexif est mené pour une compréhension et une évolution profondes, sur le long terme, et en toute sécurité psychique.